Pour aller plus loin

Les textes qui suivent donnent un reflet de l’enseignement ; celui-ci est avant tout oral et part du vécu de chacun dans son quotidien. L’écrit présente quelque chose de définitif qui peine à rendre compte fidèlement de la spontanéité de l’expression.

Merci de ne pas utiliser ces textes sans citer leur auteur !

 

  • L’Enseignement de la Reconnaissance

Cette tradition est au cœur de mon enseignement. Elle est apparue en Inde au IXème siècle de notre ère ; on la désigne sous le terme de Shivaïsme non-duel du Cachemire, ou Śaiva-Śakta. Elle se définit comme la Voie du Frémissement, dont le cœur est la Reconnaissance : reconnaissance de ce que nous sommes réellement au-delà des apparences ; de toute éternité nous sommes la Conscience, l’Absolu, nommés Śiva. Tout est Śiva.

 

Le Shivaïsme du Cachemire réinterprète les textes anciens de la tradition indienne à l’aune de la conscience et de la vision qui résultent de l’expérience effective de la Reconnaissance. Les intuitions de ses grands auteurs rejoignent celles des maîtres du Tao et de certains mystiques chrétiens et soufis, mettant en lumière l’universalité de l’expérience du Réel, par-delà les cultures et les conditionnements inhérents au temps et à l’espace.

Leur enseignement remet en cause le dogmatisme des religions et des philosophies.

 

  • L’essentiel

Nombreux parmi nous sont celles et ceux qui pratiquent le Yoga, ou qui s’intéressent aux différentes formes de méditation. Concernant la tradition de l’Inde, que connaissons-nous réellement des divers courants de la sagesse indienne, que savons-nous vraiment du Yoga ? Et surtout quel est le sens de notre pratique ? S’agit-il de faire des postures pour faire des postures, de pratiquer des respirations en vue d’hypothétiques expériences, de méditer avec l’objectif d’un éveil qui mettrait fin à tous nos problèmes, ou encore soi-disant d’éveiller nos chakras ? Cela ne nous conduirait-il pas à passer à côté de l’essentiel ?

De mon point de vue, l’essentiel c’est la prise de conscience de la réalité sous-jacente au monde objectif, monde objectif que nous croyons à tort être la seule réalité. L’essentiel c’est par conséquent la perception de l’énergie de la Vie, laquelle est frémissement, vibration.

 

  • La Reconnaissance

La Philosophie de la Reconnaissance affirme l’existence d’une réalité sous-jacente, l’arrière-plan, essence et substance de l’univers. La Reconnaissance est prise de conscience de cet arrière-plan qui est notre vraie nature, car nous sommes plus que le moi, c’est-à-dire plus que le corps et la personnalité.

Cette prise de conscience n’est ni une croyance ni une idée ; elle est non-mentale, elle relève de la perception. Cependant à contre-courant d’une pensée moderne pour laquelle “le mental est notre ennemi“, et la pensée un obstacle, la Philosophie de la Reconnaissance affirme avec force que la réflexion, l’étude sont nécessaires et indispensables, car il s’agit d’éclairer l’expérience, pour finalement faire acte de Reconnaissance. Pourquoi Reconnaissance ? Parce que cette connaissance, cette conscience sont déjà là : de toute éternité, nous sommes cette Conscience. Mais celle-ci est voilée par la croyance que nous sommes seulement le moi. Nous ne sommes pas que le moi, nous ne sommes pas que la Conscience.

 

  • Les tantras

Les Tantras sont des textes appartenant à l’un des courants spirituels de l’Inde, le Shivaïsme. Celui-ci plonge ses racines dans les temps les plus anciens. Tantra signifie trame. Il s’agit d’un enseignement qui est considéré par les maîtres du Shivaïsme non-duel comme celui du “Kali Yuga“, qui représente dans la terminologie indienne l’époque que nous vivons, caractérisée par l’éloignement de l’homme de toutes les valeurs, entraînant la détérioration de l’humain et la dissolution de la société.

Les tantras apparaissent aujourd’hui d’une grande modernité tant dans leur perception de la nature et de la structure de l’univers que dans leur conception de l’homme. Voici un aperçu des grands traits qui singularisent cet enseignement :

  • L’accomplissement, la réalisation ne s’adressent pas qu’à quelques-uns. En clair le Shivaïsme rejette le système des castes, l’autorité des brahmanes et redonne leur place et leur dignité aux femmes. La réalisation concerne donc aussi les femmes, et toutes les couches de la société.
  • Le couple Shiva / Shakti où Shiva représente la conscience et Shakti, l’énergie. L’éveil de l’énergie dans le corps, de çakra en çakra (roues d’énergie) représente une voie marginale dans le Tantra, mais fait l’objet de beaucoup d’intérêt aujourd’hui, et souvent de fantasmes.
  • Les tantras proposent une voie essentiellement pratique, qui ne se perd pas dans d’inutiles discussions philosophiques ou métaphysiques. Cependant leur base métaphysique est rigoureuse et ils exposent une conception de l’univers et de la matière en tant qu’énergie, en tant que vibration.
  • Le corps est le lieu de la délivrance ; il faut entendre non-seulement le corps physique, mais aussi le corps subtil.
  • L’approche shivaïte vise à réaliser en soi-même l’union du masculin et du féminin.
  • C’est la connaissance qui nous libère de notre enfermement dans nos fausses croyances ; cette connaissance n’est pas intellectuelle, elle relève de l’expérience, de l’observation, et non de la spéculation. Ce point est le plus important !

Pour les tantras “tout est Shiva“, c’est-à-dire tout est Conscience.

 

  • La Connaissance de soi 

La connaissance de soi ne relève pas de l’intellect, mais de la sensibilité. Cependant la pensée (les livres, la réflexion personnelle, la logique) détient une place essentielle dans ce questionnement. Il est indispensable et essentiel de faire appel à notre capacité de réflexion et de logique. La pensée se doit de rester au service de l’être et non d’envahir tout l’espace, et là est le problème.

Les livres, les enseignements existent finalement pour amener la pensée là où elle n’a plus prise. Alors elle cesse spontanément, laissant le champ libre à une autre dimension. La connaissance de soi est avant tout observation, observation silencieuse, sans jugement, sans commentaire. Elle se traduit par une révolution intérieure, un changement radical, et non par de simples adaptations ou amendements. Le premier pas vers la connaissance de soi c’est donc l’art de voir, d’écouter.

 

  • Krama, une porte vers le Réel

Le terme Krama signifie succession ; le Tantra considère que la réalité se révèle à tout moment sous différents aspects qui apparaissent et disparaissent à une vitesse inimaginable. Cette apparition (succession = krama) de l’intemporel dans le temporel, symbolisée par les 12 Kāli et le culte des Yoginīs, constitue une vision très actuelle de la réalité, validée par la physique moderne.

Par conséquent l’école Krama insiste sur le discernement, qui consiste dans ce contexte à discerner l’intemporel dans le temporel, en d’autres termes l’infini dans le fini, et à prendre conscience de l’influence des conditionnements (vāsanās et saṃskāras dans la philosophie du Yoga) au moment même où ils sont à l’œuvre en nous.

 

  • Le silence intérieur

La méditation n’est pas la recherche d’états différents ou d’expériences, encore moins d’états ou d’expériences “supérieurs“. Elle n’est pas la recherche de pouvoirs ; elle n’est pas non plus la recherche d’un calme, d’une sérénité que rien ne pourrait atteindre et qui ne serait ni plus ni moins qu’une fuite du monde.

La méditation vise à établir le Silence intérieur. Dans la tradition Śaiva cela s’exprime ainsi : capter le courant de l’énergie. L’énergie n’est pas une sorte de courant électrique, c’est Śakti, c’est un être, c’est une Présence. Cette présence est félicité, autrement dit une joie qui ne dépend de rien d’extérieur.

Le Silence aussi ne dépend de rien d’extérieur, il n’y a pas de conditions favorables ou défavorables, qu’il s’agisse du lieu, des circonstances, d’un état émotionnel, d’une posture, d’une technique particulière. Il dépend seulement de notre disponibilité ; c’est être présent à ce qui est, sans le mot, sans l’image. Cela est une profonde détente, tant pour le corps, le souffle que pour le mental. Alors le silence peu à peu prend racine.

Habituellement ce qui nous guide c’est le bavardage et l’imagination ; dans le Silence c’est notre être profond qui nous guide.